Chose promise, chose due...
Mais attention ! Cet article en dit beaucoup plus que ma simple annonce… Alors si vous voulez vous garder
toute la surprise, contentez-vous de mon invitation précédente et
foncez !
En revanche, si vous voulez en savoir un peu plus, lisez la suite !
Soyons clair d'entrée :
Jean-Luc Bizien est un ami. Un vrai. Depuis longtemps. Depuis, plus précisément, la sortie de
Hurlements — ce qui ne nous rajeunit pas ! — et même des Dragonnades de Morestel
— noms magiques qui rappelleront peut-être quelque chose aux plus anciens d'entre vous —, où nous testions entre fondus de Jeux (de rôle en particulier !) des scénarios du "Jeu de l'Initié" alors inédits, et devenus mythiques depuis :
Que meure la Bête,
Sylvane,
Le Renégat…
C'est pourquoi je ne me gênerai pas pour dire tout le bien que je pense de son dernier livre, car ceci n'est pas lié à l'amitié sus-évoquée. Désormais je parle
du livre, et il n'est question de rien d'autre... J'en avais simplement signalé ici, très brièvement, la sortie, en promettant plus de grain à moudre… C'est ici et maintenant !
Le premier roman s'intitule "
La chambre mortuaire". De quoi t'est-ce que s'agit-il donc ?
Malgré le titre de la série : "
La Cour des miracles", point d'erreur ! Il ne s'agit pas d'un roman moyenâgeux, mais d'un ouvrage qui a bel et bien sa place sur ce site consacré à un jeu Belle Époque, puisqu'il se déroule à Paris, en juillet 1888 ! Le titre est simplement la métaphore mi-cynique, mi-affectueuse, qu'emploie le psychiatre Simon Bloomberg, personnage principal, pour désigner ses curieux patients…
Ce psychiatre est un tenant de la "thérapie morale". C'est un praticien qui s'inscrit dans la lignée de Pinel, Esquirol et Charcot, et connaît même "des Autrichiens aux théories plus ouvertes encore…". En d'autres termes, Bloomberg "essaie de solliciter ce qui reste de raison au sujet". Inutile d'ajouter qu'avec de pareilles pratiques, il s'est taillé de solides inimitiés parmi ses confrères les plus "traditionalistes", et ils sont encore nombreux...
Revenons à ce premier volume. Il tourne autour de trois intrigues distinctes, que le lecteur suit en parallèle
(ben si, il peut y avoir 3 parallèles — il devait être content, votre prof de géométrie !) disons plutôt, pour rester en bons termes, 3 intrigues que le lecteur suit en alternance, selon les chapitres :
1/ un vol de cadavre à la morgue
(oui, ça commence fort !) ;
2/ la mort étrange d'un jeune homme un peu bohème et beaucoup gigolo : il semblerait qu'il se soit jeté de son plein gré du haut de son toit (ce qui est dans l'ordre des choses quand on veut se suicider), mais totalement nu, ce qui est moins banal.
Sur ces deux affaires, la police enquête, en la personne de Raoul Mesnard, frais émoulu de l'école de police, et Léonce Desnoyers, flic confirmé, blanchi sous le harnois. "Couple" délectable grâce auquel le lecteur suit aussi les enquêtes — qui pataugent pas mal, comme il se doit ! — "de l'intérieur"…
3/ enfin, une intrigue —
une ? Voire ! — liée à la vie personnelle de Simon Bloomberg, laquelle semble bien compliquée, pour ne pas dire fumeuse, parfois : une femme égyptologue, Elzbiéta, qu'il nous dit en expédition, mais dont on est sans nouvelles depuis… "depuis qu'elle est partie en le plantant là", à en croire les domestiques. Partie où ? Bien malin qui saurait le dire ! Une maison-musée, pleine des objets qu'elle a rapportés de ses précédents voyages ; une maison au plan étrange, d'ailleurs, plus proche de la pyramide que de l'immeuble Hausmannien ; une maison qui recèle des pièces "interdites", comme… la maison de Barbe-Bleue ? Qui sait ?
Il devient assez vite évident que le maître des lieux possède ses propres secrets, ses propres hantises, ce que précise le bandeau du livre, ainsi libellé : "l'aliéniste et ses démons…"
Qui enquête sur cette troisième intrigue "à tiroirs" ? Une certaine Miss Sarah Engelwood, l'autre personnage principal, gouvernante tout juste arrivée pour s'occuper de la maison du docteur Bloomberg… Comme c'est une jeune fille curieuse, trop curieuse, et quelque peu téméraire — trop téméraire ? — nul doute qu'elle va trouver ici de quoi nourrir son goût du mystère et de l'intrigue…
- En effet, quels cauchemars hantent donc les nuits de Simon Bloomberg, au point de l'amener à user et abuser du laudanum ?
- Qu'en est-il exactement de l'absence d'Elzbiéta ? Réelle ou… définitive ? Ne se piquait-elle pas de spiritisme au sein d'un cercle fumeux ?
- D'où vient Ulysse, le géant débonnaire à la voix d'enfant, mais à la force colossale ? Ne serait-ce pas un des actuels patients de Bloomberg ?
- Et qui est cet autre malade après qui Bloomberg semble courir ? Est-ce lui le coupable du vol de la Morgue, ou ne serait-il pas plutôt lié à cet étrange "suicide"
— les guillemets sont de la Police — de la rue Dauphine ?
Bien des interrogations, on le voit, bien des pistes, vraies et fausses, qui font de ce premier ouvrage une réussite sur le plan policier
aussi… Et je glisse sur les multiples rebondissements dont je ne vous dirai évidemment rien !
En résumé, les Maléficieux qui, comme on sait, aiment les allusions historiques précises, les intrigues serrés, mais ne détestent pas cependant une certaine veine feuilletonesque, liront ce livre avec plaisir… Et ceux qui, comme moi, apprécient particulièrement cet auteur, que Jean-Luc Bizien admire aussi beaucoup, apprécieront ici et là quelques touches "Brussoliennes" qui ajouteront à leur plaisir…
Plaisir qui ne devrait pas se démentir avec le second opus qui, intitulé "
La main de gloire" est, au dire de l'auteur, "encore plus dans l'optique
Maléfices que le précédent..." On l'attend avec impatience...
Jean-Luc Bizien,
La chambre mortuaire, Coll Grands détectives, 10/18 n° 4190
La main de gloire sortira en juillet 2009 chez 10/18.
Vignemesle